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Le récit d’Aréna, femme trans réfugiée au Québec depuis 2018

By 15 mai 2020 Témoignages

Faisant preuve d’humilité et d’ouverture, Aréna nous reçoit chez elle, dans son petit appartement de Québec, pour s’ouvrir sur le récit de sa vie. S’armant d’une sincérité émouvante et d’une sensibilité sans pareil, elle nous offre un témoignage poignant sur la réalité trans en Amérique du Sud : là où tout a commencé pour elle. C’est en espagnol que son témoignage sera raconté ; il sera traduit au fur et à mesure, grâce à une interprète, Mariane, à nos côtés.

Arrivée au Québec en 2018, Aréna ne parle qu’espagnol. Elle se lance à la quête du français dans un cours de francisation au cégep en novembre de cette même année. Ce cours lui sera enseigné uniquement en français, ce qui l’amènera à refaire ce cours plusieurs fois, puisqu’elle ne comprendra pas cette langue facilement.

Naissant au Salvador, le 19 janvier 1978, au cœur d’une famille très pauvre, c’est le père d’Aréna qui dut faire accoucher sa mère biologique, puisqu’ils ne pouvaient pas se déplacer jusqu’à l’hôpital. Les naissances étaient contrôlées et accouchées dans une certaine position en fonction du sexe du bébé ; Aréna nous a expliqué qu’elle vint au monde en position face à la mère, ce qui est une position associée au sexe féminin, alors qu’elle naît garçon. Ayant un père qui désirait par-dessus tout avoir une fille au cœur de sa famille, Aréna nous mentionne qu’elle a eu beaucoup de mal à tisser des liens rapidement avec lui. C’est cinq mois plus tard qu’Aréna est séparée de sa famille biologique, puis offerte à une famille qui comptait déjà quatre enfants. Son enfance fut compliquée depuis cet instant.

Lorsqu’elle eut 5 ans, la première Guerre du Salvador éclate. C’est en déménageant à la ville qu’elle prend conscience de l’impact des guérilleros sur sa communauté. Elle ne créa aucun lien et ne ressentit aucun sentiment d’appartenance à sa famille adoptive. Dès l’âge de 8 ans, Aréna doit travailler d’arrache-pied pour manger et s’habiller, ainsi que subvenir à ses besoins essentiels. Encore aujourd’hui, elle ressent un fort sentiment de solitude.

Aréna est toute petite lorsqu’elle prend conscience de sa transidentité. Elle avait quatre ans et demi lorsqu’elle prit conscience de son genre. Elle apprendra seule, dès l’âge de 12 ans, comment vivre sa vie de femme puisqu’elle est laissée à elle-même depuis un bon bout de temps déjà. C’est à travers sa première relation amoureuse, avec un jeune homme de 17 ans, qu’elle comprend son identité. L’homosexualité et la transsexualité, à ce moment, étaient très mal perçues dans le pays. Elle nous décrit aussi le pays comme étant très difficile au niveau de l’ouverture d’esprit et très fermé à l’égard de la diversité.

Vers 16 ans, elle développera des formes dites plus féminines, malgré son sexe masculin qui lui fut assigné à la naissance. À l’école, elle vivra beaucoup d’intimidation. C’est au secondaire qu’elle en vivra le plus, où les jeunes l’intimidaient et se moquaient d’elle souvent. Son premier travail a d’ailleurs été très difficile. Son patron, réprouvant sa différence et son apparence, lui fait vivre beaucoup de discrimination. Par exemple, il ne lui autorisera pas de pause pour ses dîners et la fera travailler de longues périodes. C’est suite à plusieurs semaines de discrimination qu’elle est rencontrée par son patron. Il lui mentionne, à ce moment, qu’il ne veut pas d’une personne différente, comme elle, dans l’usine. Ce sera son premier rejet professionnel. Elle décide donc, suite à ce rejet, de se concentrer sur un emploi où elle pourra payer suffisamment les factures. Elle vivra donc avec un salaire de 5 USD par jour (monnaie utilisée par le pays depuis 1998) pour subvenir à ses besoins.

Elle commencera sa transition hormonale vers 20 ans, en 1998, seulement un an après la prise de conscience de ce qu’étaient ses parties intimes. Puisqu’elle n’avait eu aucun enseignement et éducation sexuelle à ce sujet, Aréna nous mentionne qu’elle dût apprendre très tard à se connaître. C’est lorsqu’une amie lui mentionne que la pilule contraceptive est en vente libre en pharmacie, qu’elle ose débuter ce processus, sans avoir l’encadrement professionnel nécessaire. À ce moment, la vente de pilules contraceptives n’était pas contrôlée et elle la prendra de façon intermittente pendant plusieurs années. Aréna nous mentionne qu’elle aura beaucoup de complications au niveau des humeurs et de ses comportements. Désirant féminiser plus rapidement son corps, elle aura recours à plusieurs injections de progestérone, non supervisées, aux fesses qui lui coûteront quatre jours de travail. Cette méthode n’aura malheureusement aucun effet bénéfice, chose qu’elle espérait désespérément. Elle ne verra donc aucune différence sur son corps suite à tous ces procédés.

Le récit d’Aréna, femme trans réfugiée au Québec depuis 2018

Simon Douville, photographe, http://smndvll.format.com

Quelques années plus tard, alors qu’elle suit un cours de coiffure, vers 26 ans, en 2004, elle fait la connaissance d’une femme trans âgée d’une trentaine d’années, pour la première fois. Elle se liera d’amitié avec cette femme, qu’elle nous décrit comme étant une personne très extravertie et qui la guida dans sa vie de fille. Or, quelque temps après, son amie est séquestrée puis disparaît un moment. Aréna apprendra que le corps de son amie a été retrouvé éparpillé, la tête au bord d’une rivière, dans un sac noir, ainsi que les mains jetées sur une autoroute. Le torse et les jambes ont été retrouvés, empalés, un peu plus tard, au cœur d’une plantation de café. Aucun doute à ses yeux, cette amie sera victime d’un crime contre sa personne, contre sa transidentité.

Suite à beaucoup de sacrifices et de compromis auprès de gangs de rue, Aréna ouvrira son salon d’esthétique et de coiffure ; ce sont ces gangs qui, à ce moment, gèrent les rues et l’emplacement des commerces. En janvier 2016, alors qu’elle a 38 ans, elle leur paie un loyer, au cœur de la rue, qui lui, se rajoutera aux paiements qu’elle doit donner aux gangs. Elle aura ensuite six mois de répit, grâce à une grosse somme d’argent, reçue par une connaissance au Canada. Elle évite alors les problèmes et leur donne l’argent après des menaces qu’elle reçut au téléphone. Elle décide donc de tout lâcher suite à leurs menaces, et prend l’initiative de faire du travail d’esthétique à domicile.

En juin 2016, les gangs la retrouvent et lui font alors des menaces de mort par courrier à sa demeure. Elle apprendra donc, après ces quelques mois de répit, qu’elle a 48 heures pour quitter son domicile ou sa tête sera mise à prix. C’est vers la fin du mois de juin qu’elle décide de quitter le Salvador vers le Guatemala à la frontière du Mexique en autobus pour survivre.

Elle arrivera au quartier vers lequel elle fuyait, tard en soirée. C’est à cet endroit qu’on lui annoncera qu’elle doit absolument quitter la frontière de la rivière Suchiate. Sinon, elle pourrait faire face à beaucoup de violence à cet endroit. C’est donc à cet endroit qu’elle devra prendre un radeau pour quitter le Guatemala. Recevant un revers de la main de la part d’un des responsables des radeaux, elle décide alors, par instinct de survie, de quitter le pays en traversant à pied, malgré le courant, le corps ensevelit sous l’eau et sa valise au-dessus de la tête.

Une fois au village Suchiate, au bord du Mexique, elle trouvera un endroit où dormir, complètement trempée, sur un banc de parc. Au matin, l’arrivée d’une femme donnera un sens à sa vie et un peu d’espoir de survie à ses prochains mois. La dame l’invitera à vivre à ses côtés, au village. Elle y vivra 18 mois, modestement, sans beaucoup de richesse, mais elle aura un toit et de quoi se nourrir.

En décembre 2017, le service d’immigration du Mexique débarque au village. C’est par les conseils d’une jeune adjointe juridique et gouvernementale, à qui elle racontera toute son histoire, qu’elle remplira une documentation qui lui permettra d’obtenir l’autorisation de rester au Mexique, papiers qu’elle remplit avec son identité masculine, sous les ordres de l’organisme avec laquelle elle faisait affaire. Puisque ses papiers n’étaient pas changés légalement, même si sa transition sociale était entamée depuis plusieurs années, elle devra les remplir sous son nom de naissance. Ses papiers devront être remis à un bureau d’immigration. Ce processus prendra plusieurs mois, mais lui assurera d’être en sécurité et la protègera de sorte que si elle se fait arrêter par un agent d’immigration ou un policier, elle ne serait pas détenue ou évincée du pays pour être renvoyée au Salvador, pays qu’elle fuyait depuis déjà 2 ans. À ce même moment, elle reçoit un document qui lui assurera une protection puisqu’elle ne se sentait pas en sécurité à travers ce pays très homophobe.

C’est avec COMAR[1] en janvier 2017 qu’elle entamera le processus de permanence mexicaine. Ce processus lui sera refusé en mai de cette même année, malgré la promesse reçue suite à son histoire. Selon les membres administratifs qui reçurent sa demande, elle n’avait pas à quitter son pays et fuir sa situation puisqu’ils considéraient que la situation n’était pas aussi dramatique et difficile qu’elle leur racontait. Ils lui mentionnent que pour eux, fuir le Salvador n’était pas une solution aux problèmes qu’elle vivait. Avec beaucoup de recul, Aréna nous souligne qu’elle croit que son refus fut un reflet de la transphobie marquée dans le pays. On lui mentionnera, à ce moment, qu’elle aurait dû plutôt changer son apparence et qu’elle provoquait probablement les assaillants qui la menaçaient.

Elle quittera ensuite vers Tapachula, en juillet 2017. C’est dans cette ville qu’elle sera approchée pour participer à un atelier de « reconnaissance de diversité, conscience et rencontre ». Cet atelier référé par COMAR sera offert par l’Organisation internationale pour les Migrants, le Centre de Diversité et des Droits sexuels ainsi que l’agence de l’ONU pour les réfugiés et un organisme luttant contre le SIDA. Aréna nous raconte donc, en entrevue, qu’elle croit que cet atelier ne serait probablement qu’une action pour bien paraître aux yeux des Nations Unies suite à toute son aventure.

Ce sera à cet événement qu’elle fera la rencontre d’autres personnes issues de la communauté LGBTQ+ qui lui proposeront de les suivre dans une organisation chrétienne, les Frères Mathias. À cet endroit, elle rencontrera de nouveaux avocats qui lui offriront de refaire les démarches pour réessayer d’avoir l’acceptation des papiers refusés auparavant. Les Frères Mathias l’accepteront ensuite. Une fois sur place, elle fera la demande, une fois de plus. Or, cette fois-ci les nouveaux papiers seront acceptés. On lui offrira un visa humanitaire via COMAR qui lui permettra de sortir de la ville et de visiter le Mexique. Avant cette autorisation, elle se devait d’informer son agente à COMAR de tous ces déplacements. Elle devait donc se déplacer tous les lundis aux bureaux de COMAR pour signaler sa présence et ce, peu importe l’endroit où elle se rendait pour visiter, depuis Tapachula, qui était le point de rencontre de beaucoup d’autres réfugiés. On lui dit également que si elle ne revenait pas un lundi pour prouver son déplacement, cette autorisation serait révocable en tout temps. Suite à cette autorisation, elle décide de prendre la fuite et ne plus jamais revenir.

Des mois passèrent alors qu’elle se lie d’amitié avec deux femmes à Mexico, en novembre 2017. Ce sera à cet endroit qu’elle décida de vivre et de s’y installer, alors qu’elle est en attente de ses papiers officiels de changement de nom et de mention de sexe. Une femme, parmi ses nouvelles amies, vivait dans une auberge chrétienne où les pasteurs géraient les réunions et les règlements. Elle décida donc de la suivre pour y vivre à son tour. Un jour, alors qu’un des pasteurs décide de faire une réunion générale, on lui ordonne à elle et à ses deux amies de payer leur loyer 9 USD/semaine. Elles seraient autorisées à rester à l’auberge sous condition de passer un test de dépistage de VIH. Aréna fut insultée de la demande. Elle refuse catégoriquement. Elle n’y dormira ensuite qu’une seule nuit avant de quitter de façon permanente.

Le lendemain, elle quittera pour trois mois, jusqu’en janvier 2018. Elle habitera ensuite dans un refuge à Mexico. Ce sera l’endroit qui lui sera assigné par une organisation jointe à COMAR, l’ACNUR[2], qui l’aidait financièrement. Pendant ces quelques mois, son agente continua les démarches afin de recevoir ses papiers qui ne seront toujours pas changés à ce jour. Elle essuya quelque temps après, une réponse négative, de nouveau, de l’organisme. La raison ne fut pas valable aux yeux d’Aréna : on lui mentionna qu’étant donné qu’elle avait décidé de quitter pour Mexico, tout le processus était à refaire puisque son visa humanitaire ne valait plus rien ; on ne lui avait pas laissé savoir cette information. Elle avait donc une nouvelle condition d’aller signer les mardis, condition qu’elle avait déjà reçue pour ses autres papiers. Heureusement, la nouvelle auberge où elle vivait lui trouva du travail dans une boutique près du quartier du Centre historique de Mexico. C’est dans ce quartier, très peu fréquentable, qu’elle travailla six mois jusqu’en juin 2018.

Durant cette même période de temps, elle se rendra à un organisme qui s’appelle « Un livre ouvert », organisme œuvrant pour la communauté gaie et des personnes trans. Elle participera à un second atelier, organisé par un organisme LGBTQ+ et l’auberge où elle vit, se nommant : « Rencontres sans frontières, Droits et voix de la jeunesse migrante. Suivi d’actions contre la violence et la discrimination avec des stratégies de communication en auberge ». À cet endroit, elle rencontrera plusieurs jeunes hommes trans à l’organisme œuvrant pour la communauté gaie et des personnes trans.

Un de ses amis, Nathan, qui faisait souvent des soupers d’amis à l’auberge, lui présente Abigaëlle. Alors qu’elles firent connaissance, Aréna lui explique qu’elle est coiffeuse et qu’elle avait déjà offert des soins esthétiques à domicile. Abigaëlle s’en réjouit. Cette femme était responsable d’un salon de beauté. C’est suite à sa rencontre, qu’Aréna reçoit un poste en esthétique audit salon. Elle coupera les cheveux et s’occupera de faire des manucures aux clients qui se présenteront au salon de beauté. Aréna découvrit, après quelques jours, que les services se terminaient parfois en « fins heureuses » selon la demande des clients. Aréna se retrouvera, malgré elle, à vivre au cœur du proxénétisme de la propriétaire. Elle refusera alors de faire ce genre de travail. Cette situation causa donc des frictions auprès de ses collègues, puisque les hommes l’approchèrent davantage que les autres et lui offrirent du pourboire, sans en demander davantage.

C’est donc à cet endroit qu’elle fait la rencontre de Kasandra, une femme trans elle aussi. Celle-ci lui mentionnera qu’aucun de ses clients ne pourra être servi par quelqu’un d’autre qu’elle. Un jour, alors qu’Aréna est seule au salon, un des clients de Kasandra se présente et lui dit qu’il aimerait être coiffé par Aréna, ce qu’elle fit sans broncher, voulant bien servir le client malgré l’absence de sa collègue. Il lui offrira un gros pourboire, ce qui viendra aux oreilles de sa collègue et créera des problèmes au sein de l’équipe. Ce même client revint, un peu plus tard, pour dire à Kasandra qu’Aréna s’était occupé de lui pendant son absence. C’est à ce moment que les problèmes et l’intimidation à l’endroit d’Aréna commencèrent, en avril 2018.

Sa collègue se liera, suite à cette annonce, à deux autres femmes trans du salon. Elles lui trouveront de nouvelles tâches à faire. Cette alliance aura pour but de l’exclure du salon où elles travaillaient toutes. Elles lui diront qu’elle allait devoir, à présent, s’occuper des livraisons de produits de coiffure.

Lors de sa première récupération de produits, elle sera séquestrée pendant un mois et onze jours, jusqu’en mai 2018, par ses trois collègues de travail. Elle n’aura droit à aucune nourriture, sauf un café, les matins. Ces femmes s’étaient organisées avec des personnes (dont Aréna ne connaît pas l’identité encore aujourd’hui) pour la piéger. Un soir, vers minuit ou une heure du matin, deux des femmes quittèrent l’endroit pour aller récupérer davantage d’alcool pour arroser leur soirée. Elles étaient déjà très intoxiquées par l’alcool. Une seule d’entre elles restera à la maison pour la surveiller. Celle-ci lui amènera un plateau de nourriture, dans un élan de pitié. Elle laissa la porte entre-ouverte et Aréna engloutit toute la nourriture en très peu de temps. Elle était affamée. Alors qu’elle eut fini de manger, elle remarquera la porte entre-ouverte et saisit l’opportunité de se sauver. Elle prendra donc ses jambes à son cou pour courir et s’enfuir. Ça ne prendra malheureusement pas beaucoup de temps avant qu’elle ne soit rattrapée par la fille toujours présente sur place. Cette même personne lui mentionnera ensuite que si elle continue à se sauver, les deux autres femmes la tueraient et qu’il n’y avait plus d’issu pour s’enfuir. Aréna se battra contre elle, assaillant trois gros coups à la tête à la jeune femme, puis se sauva de plus belle.

Un peu plus loin, elle croisera une femme qui vend de la nourriture, sur le bord de la route, et lui racontera son histoire. Cette femme informa Aréna que les trains et les autobus étaient tout près et lui offrit dix pesos pour l’aider à quitter tout ceci. Non loin en chemin, elle croisera une église, endroit où elle dormira jusqu’au matin. Le lendemain, Aréna se rendra à ACNUR pour dénoncer tout ce qu’elle avait vécu ces dernières semaines. Elle croyait qu’ACNUR aurait pu lui offrir du soutien, mais des gens dans l’organisme lui demanderont plutôt de ne pas porter plainte malgré tout. C’est quelque temps après toute cette mésaventure qu’elle apprendra que la propriétaire du Salon de beauté, où elle travaillait quelques mois auparavant, était au courant de sa séquestration et que celle-ci cautionnait ce genre d’actes.

C’est donc suite à tout ceci qu’ACNUR lui offrira de l’envoyer ailleurs. Elle aura la possibilité de choisir parmi cinq pays pour fuir sa réalité. Naturellement pour elle, ce sera quelque chose qu’elle acceptera rapidement, malgré le long procédé et les entrevues qu’elle devra faire à l’ambassade. Elle devrait donc choisir entre la Hollande, la Belgique, la Suède, l’Irlande et le Canada. Elle choisira le Canada, le cœur soulagé. À son arrivée, Aréna dû faire plusieurs examens de santé, tests et des entrevues pour rejoindre le pays choisi. Son immigration se fera donc accompagnée par une des agentes d’ACNUR. Ce sera donc l’organisme qui l’accompagnera, elle et d’autres personnes trans, ainsi que les familles issues de différentes communautés, à s’intégrer. Il faudra deux mois, entre son arrivée officielle au pays et toutes les procédures, pour confirmer son immigration.

Au matin du 3 septembre 2018, l’agence vint la chercher pour lui annoncer qu’elle quitte pour le Québec à midi. Elle saura donc à ce moment que l’offre est à prendre ou à laisser puisqu’il n’y aura pas d’autres options pour elle. Elle arrivera donc à Montréal et elle sera accueillie par un agent d’ACNUR pour l’aider à communiquer ici. Il sera donc là pour la guider dès son arrivée. L’agence décidera alors de l’envoyer dans son appartement de Québec, le 14 septembre, pour qu’elle puisse vivre librement et en sécurité.

C’est alors qu’elle arrivera à Québec, qu’elle subira d’autres formes de transphobie. Lorsqu’elle se présentera à ses cours de francisation, un mois plus tard, elle sera confrontée à une professeure qui refusera de lui parler au féminin. Ses papiers n’étant pas changés, la professeure s’adressant à elle par son nom antérieur. Malgré la demande d’Aréna, cette professeure ne s’adressera à elle qu’au masculin, volontairement, bien qu’Aréna lui demandera de respecter son nom usuel, inscrit sur la liste de présence. Aréna décidera donc de s’adresser à la Direction de son établissement scolaire, mentionnant qu’elle trouve difficile que tout le monde connaisse à présent son identité trans. Ces événements l’amèneront donc à s’isoler et à se mettre à l’écart de plusieurs autres élèves et à redoubler son cours de francisation.

L’année d’après, sa nouvelle enseignante respectera son identité, ce qui l’amènera à s’épanouir davantage auprès des nouveaux élèves qui l’accompagneront dans son cheminement au Québec. Sa directrice scolaire, au début de cette même année, lui offrira une petite carte pour l’aider à s’identifier adéquatement auprès de tous les endroits où elle nécessitera de se présenter, ce qui facilitera son intégration.

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C’est en entendant l’histoire d’Aréna, que l’on apprend qu’il existe des organismes pour les personnes trans et pour les personnes immigrantes. Malheureusement, nous n’avons pas les ressources pour les deux. Aréna nous informe donc que, depuis son arrivée, elle se sent très isolée, malgré l’aide qu’elle peut recevoir dû à la barrière de langue. Malgré tout, elle continue d’être confiante et elle est positive d’être sur la bonne voie. Elle nous fait aussi part de son impatience à procéder à son opération génitale éventuelle, à Montréal. Elle nous mentionne aussi qu’elle est en contact avec des organismes, ici au Québec, qui l’aide beaucoup dans ses étapes pour arriver à s’intégrer facilement, mais qu’elle aimerait beaucoup socialiser avec d’autres personnes issues de la communauté LGBTQ+.

Lorsque je lui demande pourquoi elle se nomme à présent Aréna, elle me répond : « Si Dieu me donne la vie, je réussirai tout. Aréna, en espagnol, signifie sable. Le sable, c’est libre, c’est doux. Cependant, avec le sable, on fait le ciment. Le ciment, c’est la fondation d’une maison, nous avons besoin de cette solidité pour bâtir quelque chose de solide. C’est ce que je suis : j’ai vaincu beaucoup de choses et je suis maintenant solide. » Elle nous confie qu’elle s’identifie d’ailleurs à cette matière puisqu’elle tente de refaire sa vie, solidement, malgré toutes les embûches. Dans son futur, elle aimerait suivre une formation en esthétique, chose qu’elle avait déjà faite dans son pays natal. Elle souhaite également, dans un avenir rapproché, ouvrir un salon d’esthétique et de coiffure.

Écrit par Roxanne Orsini

[1] Comisión Mexicana de Ayuda a Refugiados

[2] Alto Comisionado de las Naciones Unidas para los Refugiados