Le troisième sexe à travers le monde – CHRONIQUE – Marianne Lachance

par Marianne Lachance

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Source: http://topyaps.com

Il y a quelques semaines, dans une précédente chronique, nous observions la situation des personnes trans et de leurs droits à travers le monde. S’il est facile de constater que la lutte pour la reconnaissance de ces droits a encore beaucoup de chemin à faire, il est plus difficile d’évaluer ce que pensent les populations de certains pays où le concept même de transidentité n’est pas le même que pour nous. Comment comparer les personnes trans vivant au Canada et les hijras d’Inde, ou les kathoeys de Thaïlande ?

C’est que chaque culture a ses propres normes de genre et sa propre manière de regarder ceux qui n’y correspondent pas. Si les cultures occidentales admettent généralement l’existence de deux genres, de nombreuses autres sociétés en voient trois, parfois même plus. De tout temps et dans toutes les sociétés, des individus ont divergé des normes sexuelles et de genre.

Dans plusieurs sociétés, on considère l’identité de genre comme spirituelle plutôt que physique. Dans de nombreuses tribus amérindiennes, on considère ainsi qu’il y a quatre identités de genre, soit les hommes masculins, les femmes féminines, les hommes féminins et les femmes masculines. Pour d’autres, il y aurait les hommes, les femmes, et les personnes « aux deux esprits », soit des êtres possédant une âme masculine et une âme féminine dans un même corps.

C’est également le cas de l’Inde, ainsi que du Pakistan, du Népal et du Bangladesh, quatre pays où on retrouve les hijras. Avec plus de 5 millions de membres estimés, ces communautés forment la plus grande population du troisième sexe au monde. Avant l’ère coloniale, les hijras faisaient partie de la vie spirituelle indienne. Tantôt vues comme agenre, tantôt comme des femmes trans, les hijras étaient souvent identifiés comme garçons à la naissance. Parfois attirés par la vocation, parfois rectrutés parmi des orphelins et des garçons des rues, les jeunes gens rejoignaient alors des communautés organisées autour d’un guru, un chef spirituel. À partir de ce moment, les garçons, parfois castrés, parlaient, s’habillaient et vivaient comme des femmes. Elles officiaient à des cérémonies et avaient la réputation d’être douées de pouvoirs spirituels bénéfiques ou maléfiques, incluant la bénédiction ou la malédiction des mariages et des unions.

Néanmoins, plusieurs années sous un règne britannique ne tolérant pas les pratiques « perverties » de ces communautés firent leur effet sur la société indienne. Aujourd’hui, les hijras sont regardées avec un mélange de crainte et de respect. Si on sait que 48% de la société indienne estime qu’elles ont encore des pouvoirs magiques, les communautés hiérarchisées se reposent en grande partie sur la prostitution de ses membres pour survivre, les cérémonies spirituelles ne suffisant plus. Le gouvernement a établi en 2014 que les hijras appartenaient à un troisième sexe et a pris des mesures pour les protéger des dures conditions auxquelles elles font parfois face (rejet des établissements de soin, d’éducation, absence de possibilité d’emploi, discrimination, etc.).

Le pays le plus connu pour ses représentants du troisième sexe est néanmoins, sans aucun doute, la Thaïlande. Historiquement connu pour sa forte population de kathoeys (ou « ladyboys »), le pays semble montrer une tolérance élevée pour ces individus ‘entre deux sexes’. Là encore, souvent identifiés à la naissance comme des garçons, les kathoeys s’habillent et agissent comme des femmes. Leur identité est ambiguë, toutefois : dans un sondage récent, les opinions étaient presque également divisées entre les kathoeys qui s’identifiaient comme femmes, comme asexués ou comme membres d’un troisième sexe. Cette incertitude ne les empêche pas de bien s’intégrer à la société ; on apprenait récemment que plusieurs compagnies thaï choisissaient volontairement d’engager des kathoeys comme vendeuses, puisqu’elles étaient plus « charismatiques » que les femmes et plus « élégantes » que les hommes.

Hormis ces identités, toutefois, il est une autre population, démographiquement assez importante, qui lutte à l’échelle mondiale pour la reconnaissance de son identité. Les personnes intersexuées, autrefois appelées hermaphrodites (un terme aujourd’hui réservé aux animaux), sont celles « dont le sexe est difficile à déterminer ou qui présentent des caractéristiques des deux sexes ». Les chiffres estimés varient grandement, mais il est certain que des millions de personnes vivent avec un genre ambigu pour ces raisons. Si plusieurs d’entre elles préfèrent s’identifier à un genre ou à l’autre, effectuant parfois une transition physique pour s’en rapprocher, pour d’autres, il serait réducteur de se limiter à la « moitié » de leur genre. Ces derniers demandent donc le droit de s’identifier différemment, rejoignant ainsi les souhaits de personnes se réclamant non-binaires ou agenre, quelles que soient leurs caractéristiques sexuelles.

Certains pays ont accédé à ces requêtes. Ainsi, en Australie et au Japon, les citoyens ont le choix de s’identifier comme de genre « X ». En Allemagne, le terme de référence est « Indéterminé ». Au Népal, les passeports peuvent présenter la mention « Autre ». Au Canada, des groupes de défense des droits LGBT+ militent depuis plusieurs années pour la possibilité d’une identité alternative similaire sur les documents gouvernementaux. Alors que les identités de genre non binaire deviennent de plus en plus connues au grand public, il est vraisemblable que cette demande soit considérée.

 

Cette chronique a été diffusée dans l’émission En Alliance sur CKRL le 15 février 2017. Écoutez l’extrait juste ici: