Journal SORTIE – Rencontre avec Olivier Poulin, dg sortant de l’Alliance Arc-en-ciel de Québec

Entrevue extraite de l’édition d’octobre 2014 du journal SORTIE, le média de l’Alliance Arc-en-ciel de Québec. Pour consulter l’édition complète en format PDF, cliquez-ici2

Pour connaître le nouveau directeur général de l’Alliance Arc-en-ciel de Québec, cliquez-ici2

Rencontre avec Olivier Poulin
Questions et réponses à l’heure du départ

par Daniel Legault

La nouvelle a créé une onde de choc dans le milieu communautaire et socioculturel de Québec: Olivier Poulin quitte ses fonctions de directeur général de l’Alliance Arc-en-ciel, question de marquer un temps d’arrêt pour relever de nouveaux défis.

Président de ceci et vice-président de cela, l’engagement d’Olivier Poulin s’observe déjà au Cégep de Sainte-Foy et à l’Université Laval où il obtient un baccalauréat en linguistique. Amateur de théâtre, créateur au grand cœur et bien dans sa peau, sa volonté d’aider le pousse à s’engager dans le comité organisateur de la Fête Arc-en-ciel de 2006 aux côtés d’Yves Gauthier, fondateur du Festival Altern’Art de Québec.

De fil en aiguille et de comité en conseil d’administration, il devient le premier « employé » de GLBT Québec / Lutte à l’homophobie. Son objectif sera d’unifier le mouvement et de regrouper ses intérêts, la Fête Arc-en-ciel, la lutte contre l’homophobie et le journal SORTIE, sous un seul parapluie. Il quitte alors son emploi à temps plein à la banque TD pour un horaire de 20 heures par semaine à environ 10 $ l’heure… Il le fait par conviction, y voit un moyen de se réaliser, de faire une différence dans sa communauté.

Retour sur huit ans d’engagement indéfectible.

DL: Pourquoi quitter l’Alliance Arc-en-ciel à ce moment-ci?

OP: Parce que j’ai moins le cœur à l’ouvrage qu’auparavant. Même si, entre le moment de ma décision et l’annonce aux membres du conseil d’administration, le doute n’a pas cessé de me tenailler. Aujourd’hui encore, alors que la chose est publique depuis quelques semaines, je ne suis pas sûr à 100 % de ma décision. Mais j’ai envie de changer de vie, alors je plonge!

En même temps, je ne voudrais tellement pas m’accrocher ou m’enliser dans mes tics de directeur général. L’organisation va bien, nous avons connu une très belle année, c’est le bon moment pour passer le flambeau à quelqu’un d’autre. Après huit ans à travailler souvent le soir, les fins de semaine et à ne pas avoir de vacances l’été, à 32 ans, j’ai envie de faire autre chose de ma vie.

DL: Parmi tous tes accomplissements, de quoi es-tu le plus fier?

OP: De la réorientation identitaire de l’organisation, de son changement de nom! Pour oublier GLBT Québec / Lutte à l’homophobie, nous avions prévu une période d’adaptation, voire un moment de résistance. Or, après à peine un été, l’Alliance Arc-en-ciel a complètement éclipsé son ancienne appellation et a pris toute sa place dans le paysage sociocommunautaire de Québec.

En deuxième rang, je dirais l’exposition Les visages de la fierté parce qu’elle reflète bien les dix ans d’évolution de la communauté LGBT+ à Québec. Avec la complicité du directeur artistique Alexandre Fecteau, je suis fier d’avoir conçu ce concept d’affirmation urbaine soulignant en outre notre dixième anniversaire. C’était un projet d’envergure et un peu fou et le résultat a été très impressionnant.

Un dernier événement m’a fait prendre conscience de l’importance de l’Alliance comme interlocuteur crédible aux yeux des autorités politiques: je pense au lever du drapeau arc-en-ciel à l’hôtel de ville de Québec en réaction aux politiques homophobes du président russe lors des Jeux olympiques de Sotchi en février 2014. Aucun doute, l’Alliance a ses entrées chez les décideurs!

Il y a aussi les deux éditions du « Cabaret Gaisho », sorte de création collective comico-dramatico-engagée, que nous avons présentées au Cabaret Club Le Drague. Avec des amis du milieu du théâtre, on a écrit, réalisé et présenté ces productions complètement éclatées qui m’ont marqué.

Je peux en rajouter un dernier ? J’ai été fier de remporter deux prix au Gala Arc-en-ciel 2011 comme Personnalité de l’année et comme Coup de cœur du public. C’est un cliché, mais la reconnaissance des pairs ne donne pas sa place. Et je crois que ces honneurs ont mis en valeur toute la communauté LGBT+ de la région de Québec.

DL: Une rencontre marquante?

OP: Il y en a eu beaucoup mais, si je devais n’en nommer qu’une, je dirais Agnès Maltais, députée de Taschereau. C’est une grande alliée, une personne qui sait écouter, très présente. C’est lors d’une conférence du Groupe gai de l’Université Laval, dont j’étais président à l’époque, que Mme Maltais a révélé publiquement son homosexualité pour la première fois. Cela reste pour moi un beau moment…

DL: Des regrets?

OP: Pas vraiment. (Après réflexion) Une chose m’agace quand même un peu, c’est de constater que tout le capital de sympathie que l’Alliance ou moi-même suscitons auprès des gens et des partenaires ne se traduise pas toujours par des appuis concrets, par plus de bénévoles ou plus de commandites en soutien à nos activités. Cette sympathie tangible, palpable, ne se matérialise pas sur le terrain à la hauteur de ce qu’on pourrait espérer… Il faudrait travailler là-dessus.

DL: Justement, qu’en est-il du dynamisme et de l’engagement de la communauté LGBT+ de Québec?

OP: Sujet délicat… D’emblée, je dirais que c’est une communauté riche, assez dynamique, mais parfois décousue et, surtout, méconnue. Il existe tant de choses spécifiques à la communauté: des ligues sportives, une émission de radio, des activités sociales, des partys, des services de parrainage, etc., mais on dirait que les gens n’en sont pas conscients. Ils donnent même l’impression de ne pas vouloir le savoir. Que de rendez-vous manqués!

Pas étonnant alors que certains se désolent de la petitesse du milieu, confondant malheureusement la vie gaie avec le nightlife du quartier Saint-Jean-Baptiste!

Par contre, la solidarité entre les organismes de la communauté mérite d’être soulignée: nous vivons dans une belle harmonie et les avenues de collaboration entre nous ne cessent de se multiplier.

DL: Un conseil à la personne qui te succédera?

OP: (Longue hésitation) Savoir s’entourer, ne pas hésiter à déléguer. Dans une petite organisation comme la nôtre, il y a plein de moments où on se sent seul. Pourtant, on peut compter sur les membres du conseil d’administration, sur des bénévoles pour enrichir sa réflexion et discuter de telle ou telle chose. Ces personnes se révèlent autant de trésors qu’il faut dénicher. L’équipe qui entoure le directeur général est forte: à lui ou à elle d’en tirer profit.

DL: Et l’avenir?

OP: J’ai pas d’hypothèque, pas de job, pas de chum: la liberté totale, quoi! J’ai d’abord l’intention de prendre une pause, de me reposer avant même de réfléchir à ce que je ferai par la suite. Des voyages? Un travail à l’étranger? Je suis ouvert à tout.

En même temps, je suis tellement engagé que je crains d’avoir de la difficulté à vraiment décrocher. Peut-être que je vais devenir une horrible « belle-mère » de l’Alliance? Chose certaine, si je reste à Québec, je serai dans les parages!

____________

Plutôt que belle-mère, je lui ai suggéré l’appellation d’expert-conseil… Il n’a pas dit non !


Yvan Fortin nommé directeur général de l’Alliance Arc-en-ciel de Québec

Après avoir récemment changé de nom, l’Alliance Arc-en-ciel de Québec change de directeur général. Olivier Poulin ayant annoncé son départ  après huit ans à la direction de notre organisation, une offre d’emploi a été publiée le 11 septembre. Parmi les 32 personnes ayant soumis leur candidature, cinq ont été convoquées en entrevue par le comité de sélection formé de deux membres du conseil d’administration et du consultant Luc Samama de Conjoncture Affaires publiques. À la suite de ce processus de sélection rigoureux, le conseil d’administration est fier d’annoncer l’embauche d’Yvan Fortin (photo) en tant que directeur général de l’Alliance Arc-en-ciel de Québec. Actuellement coordonnateur à la prévention au MIELS-Québec, un important collaborateur de l’Alliance, Yvan Fortin connaît bien notre organisation pour avoir siégé aux comités organisateurs de la Fête Arc-en-ciel de Québec et des colloques sur les réalités LGBT+ organisés ces dernières années. Il entrera en poste le 10 novembre pour une période de transition de quatre semaines avec notre directeur général sortant Olivier Poulin. Bienvenue dans l’équipe, Yvan!


Message du directeur général Olivier Poulin

J’ai pris une grande et difficile décision : je quitterai mes fonctions à l’Alliance Arc-en-ciel de Québec en décembre prochain. Après huit formidables années en tant que coordonnateur puis directeur général, j’ai envie de prendre une pause et de passer à autre chose.  Le lien vers l’offre d’emploi est publié ci-bas et je passerai fièrement le flambeau à une nouvelle personne cet automne. Je quitte habité d’un sentiment du devoir accompli : obtention d’une subvention pour le financement de base récurrent, changement de nom de l’organisme, exposition « Les visages de la fierté », etc. J’ai longtemps craint que mon départ éventuel cause le déclin de l’organisation, mais les bases sont maintenant assez solides pour qu’un changement de capitaine ne fasse pas couler le bateau. Je ne sais pas quel nouveau défi professionnel m’attend en 2015, mais je fais confiance à la vie. Merci à ceux et à celles qui m’ont accompagné dans cette belle aventure arc-en-ciel!

Pour consulter l’offre d’emploi, cliquez-ici2


Exposition « Les visages de la fierté » – Première capsule en ligne

L’Alliance Arc-en-ciel de Québec est heureuse d’annoncer que la première capsule vidéo du projet d’art public et documentaire « Les visages de la fierté » est en ligne sur le site www.lesvisagesdelafierte.ca. Dans le cadre de ce projet présenté à l’occasion de la 10e édition de la Fête Arc-en-ciel de Québec du 28 au 31 août, des portraits grand format de personnes issues de la diversité sexuelle et de genre de Québec et de leurs allié(e)s seront installés à partir du 8 août sur des édifices du quartier Saint-Jean-Baptiste. Ces visages de la fierté témoigneront, par des capsules vidéo en ligne, de leur vécu et livreront leurs impressions sur ce qui a changé pour les personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et trans (LGBT) depuis 10 ans.

La première capsule met en vedette Éli, une jeune membre du club Roller Derby Québec, et le personnificateur féminin Réglisse. Pour la consulter, cliquez-ici2